Visage de la recherche | Sébastien MOTREUIL, Ingénieur d'études CNRS

Visages de la recherche

Passionné depuis l'enfance par le monde aquatique, Sébastien MOTREUIL a fait de cette vocation son métier. Aujourd'hui ingénieur d'études au CNRS au sein du laboratoire Biogéosciences à Dijon, il met son expertise au service des chercheurs en étudiant les milieux naturels, de la rivière aux fonds marins. Entre plongée scientifique, missions de terrain et développement d'outils techniques, son travail contribue à mieux comprendre et préserver le vivant.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit vers le métier d'ingénieur d'études en milieux naturels et ruraux ?

Si je remonte à l'origine de mon parcours, tout commence dans mon enfance, en région parisienne. J'étais passionné d'aquariophilie, de plongée et des sciences du vivant.

L'éloignement des mers et des océans me pesait, mais heureusement, une fois par semaine, une fenêtre s'ouvrait sur ce monde : l'émission « L'Odyssée du commandant Cousteau ». Je la regardais fasciner, captivé par les images des fonds marins filmés aux quatre coins du monde par l'équipe du navire de recherche « La Calypso ». 

Très tôt, j'ai su que je voulais travailler dans un univers mêlant recherche, exploration et étude du milieu aquatique. Pourtant, mon parcours n'a rien eu de linéaire. Après des études courtes qui se sont arrêtées avant l'obtention du baccalauréat, j'ai effectué mon service militaire dans la Marine nationale. À ma sortie, sans qualification, les portes de la recherche semblaient difficilement accessibles Je me suis alors orienté vers un poste d'agent de laboratoire à la Pitié-Salpêtrière qui lui était à ma portée au vu de mon faible niveau scolaire.

 Le véritable tournant de ma carrière se produit en 1991, lorsque j'intègre le CNRS après avoir réussi un concours externe d'agent animalier, dans un laboratoire de neurobiologie à Gif-sur-Yvette. J'étais encore loin de la mer, mais je travaillais déjà sur des modèles aquatiques comme les aplysies ou les poissons torpilles, deux modèles couramment utilisés pour mieux comprendre les mécanismes de transmission neuronale. 

En 1995, un deuxième tournant majeur intervient avec ma mutation à la station marine de Villefranche-sur-Mer, où je passe ma qualification de plongeur scientifique. À partir de là, tout s'aligne : ma passion pour le milieu aquatique, la plongée et les sciences du vivant devient mon quotidien. J'ai ensuite continué de construire mon parcours professionnel en enchainant les formations et des concours internes, jusqu'à devenir aujourd'hui ingénieur d'études au CNRS, spécialisé dans les milieux naturels, responsable d'animalerie et du service de plongée scientifique du laboratoire Biogéosciences à Dijon.

En quoi consiste concrètement votre travail au quotidien ? Sur quels types de milieux ou de projets intervenez-vous ?

Mon travail est extrêmement varié, notamment parce qu'il s'articule autour de deux activités principales : la responsabilité d'une animalerie de recherche et celle du service de plongée scientifique. Mais au cœur de tout, ma mission principale reste l'appui technique aux chercheurs du laboratoire. 
J'interviens sur des milieux très divers : rivières, lacs, milieux marins, mais aussi en laboratoire sur des dispositifs expérimentaux. Mes missions vont de la capture et de l'observation d'espèces que j'accueille ensuite en animalerie à la collecte d'échantillons sur le terrain. Je participe également à la mise en place de protocoles scientifiques en collaboration étroite avec les équipes de recherche.
 

Quelles méthodes et outils utilisez-vous pour étudier les milieux naturels ?

Pour étudier les milieux naturels, nous utilisons une grande diversité de méthodes. La plongée scientifique est centrale dans mon activité, notamment pour les observations et les prélèvements en milieu subaquatique jusqu'à 50 mètres de profondeur.
Nous utilisons également la pêche électrique pour l'étude des poissons en eau douce, des capteurs environnementaux pour mesurer différents paramètres, ainsi que des techniques de marquage et de suivi des espèces. Une partie importante de mon travail consiste également à concevoir, adapter ou améliorer des outils en fonction des contraintes du terrain et des objectifs scientifiques.
 

Pouvez-vous nous décrire à quoi ressemble une journée type sur le terrain ?

Une journée type sur le terrain commence généralement très tôt. Il faut préparer le matériel, vérifier les conditions de sécurité, notamment pour les plongeurs, et organiser toute la logistique.
Sur place, chaque étape est rigoureuse : installation des dispositifs, prélèvements, observations et relevés de données. En plongée, tout est particulièrement encadré, avec une planification précise et une vigilance constante sur la sécurité. Après le terrain, il y a encore le tri des échantillons, le nettoyage et l'entretien du matériel, ainsi que la préparation des analyses. Ce sont des journées intenses et physiques, mais toujours passionnantes.
 

Y a-t-il une mission, une expérience de terrain ou un projet qui vous a particulièrement marqué ?

Certaines missions m'ont particulièrement marquée Je pense notamment aux campagnes que je mène en tant que chef de mission et chef d'opération hyperbare aux îles Kerguelen, dans les Terres australes et antarctiques françaises. C'est un environnement extrême et isolé, où nous réalisons depuis plus de dix ans des inventaires de biodiversité marine dans le cadre du programme Proteker. 
D'autres expériences restent également très fortes : les missions en Amérique centrale sur le comportement des poissons, les études aux Antilles sur la coévolution entre un oursin et son parasite, ou encore les explorations dans les lacs du Jura à la recherche de vestiges archéologiques et à l'étude des sédiments. Chaque terrain est unique et apporte son lot de défis et de découvertes.
 

Quel conseil donneriez-vous à une jeune personne qui souhaiterait s'orienter vers votre métier ou ce domaine ?

Si je devais donner un conseil à un jeune, je lui dirais avant tout de rester passionné et curieux. Mon parcours montre qu'il n'existe pas une seule voie toute tracée. Même lorsque cela semble compliqué ou inaccessible, il ne faut pas baisser les bras.
Il est essentiel de savoir saisir les opportunités, accepter les détours et rester fidèle à sa ou ses passions.
La polyvalence est également un atout majeur, tout comme la capacité à s'adapter à des environnements variés, parfois exigeants.
 

Si vous deviez reprendre votre métier ou votre rapport à la nature en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?

 Observer le vivant et explorer le cœur de son environnement pour mieux le comprendre et le protéger.