Visage de la recherche | Jessica FLAHAUT, Planétolgue chargée de recherche au CNRS

Visages de la recherche

Au cœur de la recherche spatiale, certains scientifiques contribuent à décrypter l’histoire des planètes et à préparer les futures missions d’exploration. Chargée de recherche au CNRS au sein du CRPG (Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques) à Nancy, Jessica Flahaut étudie les processus géologiques qui façonnent la Lune, Mars et d’autres corps rocheux du Système solaire. De l’analyse des données récoltées par les satellites et robots spatiaux à la sélection des sites d’atterrissage des missions, son travail participe à faire progresser notre compréhension de ces mondes encore largement méconnus.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit vers votre domaine de recherche actuel ?

 

Enfant, j’étais déjà très curieuse des phénomènes physiques, et ma mère me lisait souvent des « poses-questions » sur la couleur du ciel, les nuages, les océans, la Terre, elle aura vraiment contribué à susciter mon intérêt pour les sciences. Dès le collège, j’ai compris que je voulais devenir géologue, car j’étais fascinée par les volcans et les séismes. Je n’ai jamais changé d’objectif, et j’ai donc enchainé avec un bac scientifique puis des classes préparatoires qui m’ont permis d’intégrer l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. J’y ai alors suivi mes premiers cours de planétologie, donné par des chercheurs passionnés et captivants, et c’est devenu une évidence : j’étais déterminée à faire de la planète Mars mon métier.

Sur quels sujets travaillez-vous aujourd’hui et qu’est-ce qui vous passionne particulièrement dans vos recherches ?

 

Mon travaille consiste en l’analyse et l’interprétation des données récoltées par les missions spatiales (satellites et robots) en termes de processus géologiques. J’essaye de comprendre ce que telle ou telle observation nous apprend sur la formation et l’évolution des corps rocheux du Système solaire. Pour cela, je passe beaucoup de temps à développer des méthodes de traitement du signal, mais j’ai aussi la chance de collaborer avec les agences spatiales sur le développement et le test d’instruments en amont des missions. Ces dernières années, je me suis fait connaitre pour mon expertise dans la sélection des sites d’atterrissage sur la Lune ou Mars. Prendre part à des missions, jouer un rôle déterminant dans leur déroulement, en choisissant où elles iront, ce qu’elles emporteront, voire en les pilotant, est une chance exceptionnelle, c’est vraiment un rêve de petite fille qui se réalise ! 

 

Vous êtes impliquée dans l’organisation du European Lunar Symposium 2026. Pouvez-vous nous présenter cet événement ?

 

Le European Lunar Symposium est une conférence internationale qui réunit chaque année 200 des plus grands spécialistes de la Lune. Il change de pays et de ville chaque année, et pour sa 14ème édition, nous avons eu l’honneur de nous en voir confier la responsabilité. Les agences spatiales du monde entier, ainsi que la communauté scientifique, sera donc réunit à Nancy pendant une semaine, du 22 au 26 Juin, pour discuter de l’exploration lunaire, des grandes questions scientifiques qui persistent et des projets en cours.

L’occasion est tellement unique, que nous avons voulu en faire profiter le plus grand nombre. Un autre aspect de mon métier qui me tient particulièrement à cœur est en effet la diffusion des connaissances, par l’enseignement, mais aussi la médiation scientifique qui donne l’opportunité de vivre de beaux moments d’échanges. Nous avons donc lancé, en marge du European Lunar Symposium, un programme pédagogique nommé Moon2030 dans les écoles de la région, et nous organisons une journée de médiation gratuite le 24 Juin à l’hotel de ville de Nancy, à destination du grand public. Le forum du 24 juin sera l’occasion pour tous les nancéiens de venir assister à des démonstrations de robots lunaires, séances de planétarium, et de participer à divers ateliers scientifiques proposés par les laboratoires du CNRS et de l’Université de Lorraine (Plus d’informations)

À quoi ressemble une journée type dans votre métier ?

 

Question difficile ! Il n’y a vraiment pas de journée-type. Mais elles sont en général à rallonge (quand on aime on ne compte pas !). On est aussi souvent sur plusieurs fuseaux horaires, et nos jours fériés ne le sont pas forcément pour nos collègues internationaux. 

Je peux être sur une mission de terrain dans le désert, sur mon ordinateur à analyser des données de télédétection, dans mon laboratoire à mesurer un petit bout de Lune, en train d’enseigner ou d’encadrer mes étudiants en thèse, en visio avec une équipe de mission, en train de siéger dans un conseil scientifique, ou en conférence à l’autre bout du monde. C’est pour la partie la plus agréable. Malheureusement, je peux aussi être en train de me débattre avec la bureaucratie : recherches de financements, rapports et procédures interminables… l’administration ne nous facilite pas toujours la tâche, et cela représente aussi une grande partie de notre quotidien. 

Quels sont les aspects de votre travail que le grand public connaît le moins ?

 

Je pense qu’on imagine assez facilement le scientifique en blouse dans son laboratoire. On réalise peut-être moins le jonglage qu’il doit réaliser au quotidien, et la diversité des activités que cela représente. La recherche française connait des conditions qui se dégradent de plus en plus, et beaucoup de gens ignorent également que nous ne sommes pas entretenus, mais que l’on passe une grande partie de notre temps à chercher des fonds pour donner vie à nos projets de recherche, acheter nos équipements et consommables ou financer les salaires de nos étudiants.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune personne qui souhaiterait s’orienter vers la recherche ?

 

C’est un métier passionnant, qui permet vraiment de s’épanouir et d’exprimer toute sa créativité. Mais c’est aussi un métier très demandant, prenant, et où on peut parfois se sentir seul. Il faut vraiment être prêt à s’investir, s’accrocher, ne pas se démotiver, tout ne marche pas à chaque fois, et pas forcément du premier coup ! Il y a des aspects positifs et d’autres plus déroutants, mais je ne changerai de métier pour rien au monde.

 

Et pour terminer : si vous deviez résumer votre métier ou votre vision de la recherche en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?

Ma meilleure amie me laissant des petits mots dans mon casier au lycée, qu’elle signait de la citation : « Visez toujours la Lune, et si vous la rater, vous atterrirez parmi les étoiles ». C’est devenu mon mantra.